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L’EGOTISME UNIVERSEL : Poser sur le monde un regard d’enfant. Vaincre la peur en soi. Mettre l‘amour au-dessus de tout. Tendre vers un état permanent : l’ivresse. D’alcools, de stupéfiants (la vie n’étant qu’une longue stupeur), de sensualité, de paysages, d’épuisement (notamment dans les dépassements physiques de soi-même), de vitesse, de beauté, de solitude et de foules. N’aimer que les commencements. Vivre au-dessus de ses moyens. Préférer le luxe à la richesse, la jouissance au bonheur, la souffrance à la tristesse, la mélancolie à la nostalgie et l’amour fou à tout le reste. Être toujours prêt à emmener une femme au bout du monde. Être extrémiste, mais dans tous les sens. « La valeur du monde repose sur les extrêmes, sa solidité sur les moyennes » (Paul Valéry). LE DEVOIR D’ARTISTE : Être moderne (c’est la seule chose à laquelle, hélas, on ne puisse échapper, disait Dali)… Et donc l’être au sens fort, c’est à dire l’étrange classique des choses qui ne sont pas classiques. N’imiter que les plus grands. Choisir toujours le plus simple. Être imprévisible en tout (dans la vie, dans la phrase, pousser l’art du contre-pied jusqu’au sublime)… Tout ce qui est important l’est, une découverte scientifique, une pensée neuve, ou un coup de foudre amoureux. Qu’on puisse vous lire comme si vous écriviez à la vitesse de la pensée. Mettre sans relâche ce principe en pratique : si tu es un incendiaire, et que… tu ne réussis pas à brûler la grange, mets-toi du côté des pompiers et noie-là. Exacerber ses contradictions pour en faire jaillir des étincelles. C’est le ressort de toute création - et de la fulgurance… Le monde est ma table rase : détruire, avant de reconstruire. Considérer qu’il n’y a aucune différence entre l’éloge et l’exécration. Ne pas craindre d’être traîné dans la boue. « Ma gloire est une cathédrale de crachats » (Verdi). L’EXIGENCE ESTHÉTIQUE : Placer l’esthétique au-dessus de la morale. Corollaire : sauver la morale du moralisme. A quarante ans, l’homme est responsable de son visage. Regardez-vous. Si tu es beau, sois-en digne. Le style, c’est la force de caractère. LES DÉLIRES DE LA MORALE : Être le seul, pas le premier. Être grand jusque dans les petites choses. Risquer sa vie chaque jour, chaque heure, chaque instant. Ne jamais se résigner. Ne jamais transiger sur l’essentiel. N’avouer jamais.(Si par malheur vous avouez, avouez-le.) Ne jamais confondre les effets et les cause. (C’est à cela qu’on reconnaît un salaud.) Vous faire payer, oui, vous laisser acheter, jamais ! Donner sa confiance aux autres, tant qu’ils ne vous ont pas déçu. Respecter sa parole, mais trahir ses contrats Mettre l’amitié à la plus haute place après l’amour : n’avoir que des relations passionnelles avec autrui. Être un diseur de vérité : l’ami de la vérité n’a pas d’ami. Traquer l’idéalisme en toutes choses.
« L’idéal, (ou l’amour) c’est l’infini des caniches » (Céline). ART DE VIVRE : Ne jamais manquer une occasion de se foutre de la gueule d’un anarchiste.(Ou d’un bourgeois, ce qui revient au même.) L’humour, c’est le tranchant de l’intelligence. LA BRUTALITÉ DE LA PENSÉE : Marcher sur le pied de la lettre avec l’esprit. Basculer jusqu’à l’idiotie - au sens originel, idiosyncrasique. Seule la violence de la pensée peut désarmer la violence muette du monde. Affronter, pour les rendre plus fortes encore, les tempêtes essentielles de l’esprit. Ne jamais dénoncer le monde, mais démonter ses rouages. Être un tueur - et même assassiner la mort. Être un maître à dépenser - non à penser. Avoir l’exactitude ironique de sa propre conscience. Les plus hautes expressions de la pensée sont la logique et l’analogie. (Et la plus basse, la pensée juridique.) Considérer que les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain. Ne jamais oublier de regarder, de temps à autre, son propre cadavre d’adolescent suicidé dans le placard. (Carnets impudiques - pages 357 - 358 - 359 - 360) |